GINGER SNAPS de John Fawcett


GINGER SNAPS

2000 – Canada
Budget : 5 millions $
Genre : Loup-garou
Réalisation : John Fawcett
Musique : Michael Shields
Scénario : Karen Walton
Avec Katharine Isabelle, Emily Perkins, Chris Lemche et Mimi Rogers

Synopsis: Ginger et Brigitte sont deux soeurs inséparables, qui ne ressemblent à aucunes autres adolescentes. Elles passent leurs temps à simuler leurs morts, plus atroces les unes que les autres. Une nuit, Ginger se fait attaquer par une étrange créature. Elles parviennent à s’enfuir et rentrent chez elles. Mais les blessures de Ginger se referment déjà d’elles mêmes.

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Voilà un film qui fait plaisir à voir, et qui est pourtant passé totalement inaperçu en France, et qui est de plus sorti directement en vidéo. Oui, un vulgaire DTV chez TF1 Vidéo… Quel dommage, pour plusieurs raisons. Déjà parce que les bons films de loups garous, c’est rare, très rare ! Oui on pourra citer quelques films du début des années 80, mais ça date ! On pourra citer dans le genre fun et volontairement un peu con Dog Soldiers en 2002 de Neil Marshall. Mais à côté de ça, combien de bouses ? Combien de mauvaises suites à Hurlements ? Dois-je citer également Le Loup-Garou de Paris ? Ou encore la mode de faire les bêtes numériquement depuis la fin des années 90 pour un résultat souvent honteux ? Le film de loup garou est rapidement devenu un terrain très risqué. On peut le dire, excepté vraiment Hurlements et Le Loup-Garou de Londres au début des années 80, le genre a du mal et on trouve peu de bons métrages à se mettre sous la dents, si bien que le genre est limite un peu dans l’oubli. Oui, au début des années 2000, les choses se bousculent donc un peu avec donc Dog Soldiers, mais surtout, ce premier Ginger Snaps, datant de 2000, modeste petite production Canadienne. On pourra également citer les suites, d’un très bon niveau, ce qui est rare (et là, c’est du vrai DTV). Et ce premier épisode, contrairement à beaucoup de films de genre, même s’il se déroule dans la même ambiance (comme souvent, un lycée, des teenagers), se révèlent rapidement astucieux dans ses choix scénaristiques, aidé par une interprétation sans faille et une mise en scène pas dégueu du tout.

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Le film nous propose donc de suivre les aventures de deux sœurs, Brigitte et Ginger. Deux sœurs totalement différentes des personnes de leur âge, ne voulant absolument pas ressembler aux autres, avec un goût prononcé pour ce qui est de choquer leurs camarades de classes. Pour un devoir de classe sur leur ville, elles feront un diaporama de photos les représentant, mortes, de toutes les manières possibles et imaginables… Poison, clôtures de maison, tondeuses à gazon… Le film prend donc le parti de nous montrer des jeunes femmes en marge de ce que la société voudrait qu’elles deviennent. Elles passent leur temps à critiquer les autres, et n’attachent aucune importance à leur famille, à leur apparence, et à l’image qu’elles renvoient aux autres. Leur mère s’inquiète en permanence pour elle, alors que le père semble totalement absent, se disant qu’elles sont jeunes, que ce n’est qu’un passage obligé de l’adolescence, une rébellion, celle que nous traversons tous. Toute cette famille est interprétée à la perfection, notamment les deux sœurs. Les choix de Katharine Isabelle, magnifique et investie, découverte par tous avec ce film (avant la carrière qu’on lui connait), et Emily Perkins, dont le personnage prendra de l’ampleur au fur et à mesure pour tenir tête à sa soeur et à ce qu’elle devient, sert à merveille le film. Toutes les deux sont très convaincantes dans leurs scènes, faisant passer avec une aisance incroyable les émotions des moments clés du film, et les questionnements de l’adolescence, et la complicité entre les deux est totalement plausible. Mais pour elles, tout va basculer une nuit, lorsqu’elles se feront attaquer par un loup garou, et que Ginger se fera mordre. Ses plaies vont rapidement se fermer, et son corps va commencer à changer.

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Et c’est là que le scénario s’avère très astucieux, en mettant en parallèle le mythe du loup garou, et celui du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Procédé astucieux, autant dans le fond que dans la forme, qui aurait pu être cliché et bateau, mais avec le bon traitement, passe à merveille. Le rapprochement entre les deux fonctionne très bien, et ainsi, le début des transformations de Ginger ressemblera à un passage normal du processus de l’adolescence, commun à toutes. Perte de sang signifiant le début des règles, comportement changeant, de plus en plus violent envers les parents, l’appétit du sexe, ou encore la croissance des poils. Autant de choses naturelles qui seront mises en valeur, et comparées à ceux du loup garou. Le comportement violent de Ginger et son envie de découvrir plus de la vie, son envie de sexe, se retrouveront finalement être un stade de sa transformation, où les émotions primaires de l’homme (le sexe) se retrouveront vite remplacés par des émotions encore plus primaires, celle de l’animal, tel un appétit féroce. Ginger refusera au départ l’évidence que sa sœur, Brigitte, lui met devant les yeux, et finira par accepter l’inévitable en voyant ses méfaits, après avoir satisfait son besoin de sang, et aperçue des transformations physiques plus étranges que la normale. Ensembles, après de nombreuses disputes du à son comportement, elles chercheront un remède, et c’est là qu’interviendra le personnage de Sam, qui, avec Brigitte, va tenter de guérir sa sœur. Mais rapidement, tout ce qui fait parti du folklore, ce que les films nous ont toujours apprit sur les loups garou, s’avère ne pas fonctionner. Ginger comprendra bien assez tôt que ce qui lui arrive ne peut être arrêté, et acceptera donc son destin. Le traitement des divers personnages est ainsi extrêmement bien réussi, et malgré son faible budget, la réalisation du film suit le propos, les cadrages du plus bel effet, et la photographie très réussie.

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Comme dit plus haut, si le fond est intéressant et original, la forme relève le niveau. La réalisation de John Fawcett est sobre et propre, il n’en fait jamais trop dans les scènes sanglantes, ne se laissant pas aller à la complaisance ou autre, et ne perd jamais de vue qu’il doit avant tout raconter une histoire, celle de ses deux soeurs, proches, ensembles pour toujours. Niveau musique, le thème du film, composé par Michael Shields, est sublime, et accompagne à merveille les images. Le thème trottera longtemps dans la tête, tout comme les images qui l’accompagnent (superbe générique). Le reste de la musique est faite de morceaux de groupe connus tels Fear Factory, Machine Head, ou encore Junky XL. Si parfois cela semble en faire un peu trop, l’ensemble fonctionne pourtant bien. Si le budget est faible, toute l’équipe s’est débrouillée pour nous fournir un petit bijou, parfois sanglant, dont la seule véritable ombre du tableau sera quelques facilités par moment au niveau de certains personnages, et le design du loup garou, passant mal sur certains plans, mais ayant au moins l’intelligence d’éviter l’usage des CGI ! Oui, tout a été fait sur le plateau. Alors certes, j’ai toujours eu un souci avec les loups-garous qui marchent sur leur quatre pattes, préférant un design façon Hurlements (ou Dog Soldiers, justement), mais l’ensemble reste plaisant, surtout que le réalisateur ne montre pas sa créature à tout va, et préfère jouer sur la suggestion et le suspense. Des défauts mineurs qui ne doivent pas empêcher le spectateur de savourer cette œuvre pour ce qu’elle vaut, c’est-à-dire une très solide série B.

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18

Les plus:
Un scénario astucieux
Très bonne mise en scène
Un des meilleurs métrages du genre
Deux actrices parfaites
Le générique d’ouverture
Les moins:
Le look du loup garou

En bref : Un petit bijou, intelligent et original, porté par un casting excellent et une trouvaille scénaristique rare pour le genre.

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