IRRÉVERSIBLE de Gaspar Noé


IrreversibleIRRÉVERSIBLE

Titre original : Irréversible
2002 – France
Genre: Drame
Réalisation : Gaspar Noé
Musique: Thomas Bangalter
Scénario :  Gaspar Noé

Avec Vincent Cassel, Monica Bellucci et Albert Dupontel

Synopsis : Une jeune femme, Alex, se fait violer dans un tunnel. Son compagnon Marcus et son ex petit ami Pierre décident de se faire justice eux même.

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Irréversible est présenté à Cannes en 2002, en compétition officielle. Evanouissements, crises de nerfs, des gens qui quittaient la salle en pleine projection, Irréversible fut le scandale de 2002. Second film de Gaspar Noé, alors qu’il voulait déjà lancer son projet Enter the Void, nommé Soudain le Vide à l’époque, Irréversible est, qu’on y adhère ou qu’on le rejette totalement, une grande œuvre de cinéma, qui ne ressemble à aucune autre. A sa sortie, il était difficile de parler du métrage, et maintenant, 8 ans après, il est encore plus difficile d’écrire des lignes dessus, puisque tout le monde connaît à présent le film et certaines de ces séquences, au moins de réputation, et que tout a déjà été dit. Irréversible, tout comme finalement tout le cinéma de Gaspar Noé, est à réserver à un public averti, en quête d’expériences sensorielles, qui ne s’avèrent pas aussi gratuites que certains voudront bien le dire. Irréversible, c’est avant tout un projet qui se conçu très rapidement. Souhaitant d’abord faire Enter The Void, mais cherchant un budget, Gaspar Noé est dans l’optique de réaliser un petit film porno expérimental durant l’été 2001. Le couple Vincent Cassel et Monica Bellucci se montre intéressé, avant de se désister. Noé leur propose alors une histoire simple, celle d’un viol puis d’une vengeance. Avec un traitement écrit de seulement 4 pages et la participation de Cassell, Bellucci, mais également Dupontel, Gaspar parvient à obtenir rapidement un budget, et le tournage, rapide, pu commencer, avec comme base uniquement le traitement de 4 pages. Les dialogues furent donc totalement improvisés, et Noé se retrouva dans la possibilité de suivre ses personnages avec sa caméra, la faisant tourner dans tous les sens. L’éclairage quand à lui, de Benoit Debie (Enter The Void, Calvaire, Enfermés Dehors, Card Player) se fera à base d’ampoules et de divers lumières totalement naturelles. Aucun éclairage de cinéma ne fut utilisé. L’aventure pouvait commencer, la suite nous la connaissons tous maintenant, et le film divise encore aujourd’hui, tout  comme le suivant du réalisateur.

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Que vaut donc Irréversible ? Que raconte Irréversible en dehors d’un viol et d’une vengeance ? Comment Noé a-t-il filmé son film avec des acteurs en improvisations ? La première question reste la plus épineuse, puisque la qualité du métrage ne dépendra que du spectateur en question, de ce qu’il accepte de voir ou non, de ces limites, et de ce qu’il peut rechercher. De si le spectateur veut vivre des émotions, bonnes ou mauvaises, ou pas. Irréversible nous raconte l’histoire banale d’un couple, heureux. Lors d’une soirée, Alex (Bellucci) finit par partir, laissant derrière elle son copain Marcus (Cassel) et son ex Pierre (Dupontel). Sur le chemin de retour, elle se fera violer et tabasser. Marcus et Pierre vont se lancer à la poursuite de l’agresseur, et tout cela les mènera dans une boite gay, le rectum. Une histoire simpliste, comme on en a déjà vu des tas finalement. Noé fait ici dans la simplicité (contrairement à Enter the Void, plus complexe et ambitieux), et son histoire aurait pu rapidement tourner à vide, voir être chiante pour le spectateur, du fait de sa simplicité et de son côté déjà vu. Bien sur, comme nous le savons tous, Noé dynamite son film de deux séquences chocs, mais nous reviendront dessus plus tard, car finalement, là n’est pas le cœur du film. Là où le film étonne, surprend, et du coup se retrouve captivant dés ses premiers instants, ce sera par les choix de mise en scène, mais également de montage que Noé offre au public. Tout d’abord, ce n’est une surprise maintenant pour plus personne, mais Noé monte son film à l’envers, et filme ses scènes, au nombre de 12 seulement, en longs plans séquences, tous reliés entre eux, grâce aux progrès de la technologie. Certains de ses plans séquences sont truqués, d’autres non et s’étendent sur une bonne dizaine de minutes, prouvant que Noé est un remarquable metteur en scène visuel. Son montage à l’envers prouvera également autre chose, c’est que malgré son histoire simple, il reste un merveilleux conteur d’histoire, aussi dure, réaliste et choquante celle ci puisse être.

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Monter son film à l’envers, en commençant par le dénouement, sans que l’on connaisse le cheminement, nous faisant ainsi entrer dans son film directement dans la crasse, la dureté des séquences, avant de nous offrir ce que l’on pourra considérer comme la douche après la crasse, de longs moments de simplicités et d’intimités partagés avec le public, fonctionne à merveille, et accentue l’effet du métrage, de son histoire, et l’émotion qui s’en dégage. La mise en scène de Noé s’avère exemplaire et intelligente à bien des égards, retranscrivant la psychologie des personnages. Ainsi, le début du métrage, crade, nous plongeant limite en enfer, est filmé de manière désordonnée, la caméra est hésitante, tourne dans tous les sens, ne nous épargne absolument rien, lorsque nous plongeant avec Cassel et Dupontel dans cette boite gay, le rectum. Certes, la longueur du passage et sa façon frontale de nous montrer le côté le moins reluisant de ce milieu peut s’avérer gratuit, mais a le mérite de nous plonger dans l’ambiance et de nous faire réagir. Finalement, n’est-ce pas là ce que l’on demande au cinéma ? Nous faire réagir, nous faire ressentir les choses ? Les 50 premières minutes du métrage nous les feront ressentir, ressentir le mauvais côté des choses, la crasse, le malaise. Les 20 premières minutes contiennent la première des deux scènes chocs du métrage, à présent connue de tous : la scène de l’extincteur, où dans un plan séquence magistral, Dupontel assassine littéralement à coup d’extincteur un des clients de la boite. Chaque coup donné est absolument douloureux pour le spectateur autant que pour le personnage. Cette scène en apparence gratuite trouve pourtant toute sa justification dans la suite du métrage, et donc ce qui précède chronologiquement les événements. Et Irréversible nous met dans le bain, comme pour alerter le spectateur du film qu’il regarde. On pourra choisir de continuer, ou pas.

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Raconté ainsi à l’envers, nous connaissons déjà la finalité, sans en connaître les raisons, et nous le découvriront petit à petit, et ce passage final s’avèrera encore plus douloureux une fois l’intégralité du métrage regardé, et analysé. Outre la dureté des images et le visuel agressif du film, Noé nous touche en travaillant sa bande son à l’extrême, grâce à une utilisation d’infra basses pendant une bonne partie du métrage, des sons qui nous remuent le ventre, et grâce à la musique de Thomas Bangalter, un des deux membres de Daft Punk. Quoi qu’on en pense, Irréversible est original, et peut même s’avérer être une leçon de cinéma, visuellement parlant, mais aussi musicalement parlant. La suite (le début) de l’histoire, nous la connaissons tous maintenant, nous remontons progressivement les événements jusqu’à arriver à la scène qui a tout déclenché, la fameuse scène du viol de Bellucci dans un passage sous terrain, la scène qui a tant fait parler du film. Volontairement très longue (10 minutes environ, en plan séquence bien entendu), elle semble aux premiers abords totalement gratuite également, et provocante dans le but unique de choquer. Ce n’est encore une fois pas le cas, Noé filmant sa scène en plan fixe, au raz du sol, comme pour que l’on s’identifie au personnage de Bellucci, à sa souffrance. Ainsi, lorsque pendant l’acte, elle tendra sa main en avant, et donc vers la caméra, c’est comme un appel pour le spectateur, un appel à l’aide, mais nous sommes couchés au sol, et comme elle, nous sommes incapables de bouger, de réagir. La durée de la scène, nous montrant le tout en temps réel, pourrait s’avérer totalement gratuit, mais cet effet est encore là pour augmenter notre identification à son personnage. Qui parmi les spectateurs à déjà subi un viol pour savoir ce dont il s’agît réellement ? Bien entendu, cela est choquant, cela met mal à l’aise, cela nous semble bien long, mais cela ne l’est-il pas pour toutes les victimes de viol ? Noé nous met à leur place, et tout le monde ne le supportera pas.

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Passé cette séquence qui déclenche le tout, le film annonce encore 40 minutes au compteur, mais à présent que nous connaissons le point de départ de cette vengeance, et la finalité de l’histoire, cela était-il vraiment utile ? Beaucoup diront que non. Je vous répondrais que si. Bien que la mise en scène et l’interprétation très juste de tous les acteurs, investis dans le film, nous permettait déjà de nous identifier, il fallait le montrer le calme qui précéda la tempête, et c’est là qu’on s’apercevra que monté chronologiquement, le film aurait paru niais, facile, voir pas forcément intéressant. Voir à présent ces personnages exister, parler, vivre, sans se douter de tout ce qui suivra pour eux, partager ces moments de joies simples avec eux, cela rend l’histoire encore plus déchirante, et le montage nous le fait apprécier pleinement. Comme le dit si bien Philippe Nahon dans la toute première scène (donc la dernière chronologiquement) et comme le dit le dernier titre affiché à l’image : le temps détruit tout. Toute cette innocence, cette simplicité, ce couple heureux, qui s’aime, tout cela sera détruit, nous le savons, nous l’avons vu, mais eux l’ignorent et profitent encore pleinement de la vie. Là est donc le vrai drame de Irréversible, comme le temps qui passe détruit, change notre destin, ce qu’il utilisera encore dans son film suivant (Enter The Void) avec un accident de voiture traumatisant, et la mort du personnage. Irréversible, bien qu’étant à la base un exercice, un film fait rapidement et servant de préparation à Enter The Void, reste un film à part entière, un beau morceau de cinéma qu’il faut oser vivre, et auquel il faut limite survivre, une leçon de cinéma, à réserver aux personnes les moins sensibles.

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Les plus:

Réalisation innovante

Un film dur et réaliste

Des acteurs parfaits

Une bonne idée de montage

Les moins:

Un film choc qui va en déstabiliser certains

En bref: Un film dont on se souvient longtemps, un film qui choque, un film qui tient à la peau, mais une belle leçon de mise en scène et de montage.

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